Didier Marchal

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Fond de sac.

Sous un ciel de suie étincelant, Blake marchait au bras d’une fleur sauvage aux yeux d’ambre. Corto fendit le brouillard de Londres, son regard ancré dans celui de l'inconnue. Elle cilla, détourna la vue, jouant l'ignorance. ​Blake s'arrêta. 1/

Corto
Cicatrice au front,
Aventurier solitaire,
Le vent pour boussole.

Au fond du jardin secret, l’arbre conserve ses feuilles séchées. Elles ne tombent pas... elles veillent. Ainsi va l’âme, elle porte en elle ces feuillages marcescents, pans de mémoire tenaces que le vent d’automne n’a pu ravir. 1/

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Quatre traits horizontaux pour le lit défait, quatre traits verticaux pour les grilles du passé. Entre eux, rien de plus que le souffle mêlé de deux amants. Le passé n'a plus prise sur cet instant, car c'est ici, dans l'abandon de leurs corps, qu'ils trouvent tout : le plaisir, la complicité, /1

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Le vieux Sylvain, les mains poisseuses d’argile de la Loire, s’arrêta devant « La Dame » de grès, son ultime création aux deux chats. ​Sa robe bleue fissurée rappelait le lit d’un ruisseau à sec. Son visage craquelé gardait une douceur infinie, tournée vers l'horizon.

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Hélène aux bras blancs, épargnée par la fureur d'Apollon, se tenait dans une alcôve ombragée. Un rai de lumière divine traversait la pénombre. ​Cette clarté d’aurore aux doigts de rose illuminait sa robe de lin fin, d’un rose tendre semblable à la joue d’une enfant gourmande.

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Mon calendrier païen de l'avent. 24 décembre Le Petit Christ de Pluie ​La vitre était le seul rempart entre le tumulte gris de décembre et la tiédeur de la chambre. Une goutte, plus lourde que les autres, s’arrêta net au centre du carreau, un secret de Dieu. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 23 décembre L’eau est un miroir de plomb, lisse comme une joue de chagrin. Je m’y penche, un peu trop, pour y chercher l’ombre d’un silence, une trêve à mes pas. Mais un lac n'est pas muet, n'est-ce pas ? /1 #ombres

Mon calendrier païen de l'avent. 22 décembre. Calvaire en mots croisés. Oyez, gentes gens et buveurs de haute lignée ! Prêtez l’oreille au destin de soeur Monique, nonne de grand savoir, qui au monastère des Vignes-Sacrées s’escrimait sur le parchemin. /1 #ombres

Mon calendrier païen de l'avent. 20 décembre L'Évangile des Miettes ​Frère Albéric avait passé sa vie à traquer l'Absolu dans le cuir des reliures et l'encre des psaumes. Mais Dieu, semble-t-il, n'aime pas être prisonnier des mots. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 19 décembre La Courbe de tes Yeux ​Le monde, avant ton regard, n’était qu’un décor de plâtre et de bois sec, une chambre aux angles morts où l'ennui prenait la poussière. Mais que tes paupières s'entrouvrent, le miracle opère. /1 #ombres

Mon calendrier païen de l'avent. 18 décembre Jean-Baptiste s’était mis en quête de l’innommable, distiller le néant. Dans son officine empestant la civette et les sels de mercure, il avait scellé l'essence atomique de l'atone. /1 #ombres

Mon calendrier païen de l'avent. 17 décembre. Le Cœur d'Hélène ​Sa chemise de gaze, d’un blanc de lune rousse, frôlait ma tempe. Hélène, ivre d’un songe qu’elle croyait partager, me tenait d’une étreinte où l'amour n'était que le prétexte d’une possession plus âpre. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 16 décembre Sous le soleil crépu du Midi, Clara, la veuve aux fines chevilles, errait parmi ses espaliers. Son verger, clos de murs anciens, était l’échiquier de ses mémoires. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 15 décembre. Elle n'observait rien, en réalité. Elle attendait le marais, assise au bord, là où l'eau devient la terre, là où la terre devient le silence. La lumière y était pauvre, une feuille d’or posée sur une eau qui hésitait entre le ciel et l'ombre.

Mon calendrier païen de l'avent. 13 décembre. Le Souffle du Tumo ​Ils étaient deux formes offertes au froid des hauteurs, statues de marbre prêtes à l’éclosion. La chambre, une cage de glace en attente.

Mon calendrier païen de l'avent. 12 décembre Le Miroir Faucille ​La lumière de décembre, timide et blonde, venait mourir sur la table de toilette. Elle s'approcha, par habitude, de la glace. Le matin était l'heure de la vérité cruelle, celle où l'on découvre l'offense de la nuit sur la peau. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 11 décembre La Bénédiction du Sol ​La plaine était une injustice solaire, et Émile, les mains fendues par l'usure et le Crédit Agricole, avait prié sans conviction. Non pour l'opulence, mais pour la simple dignité de la graine qui répond à l'effort. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 9 décembre La Vapeur d'Opium ​Dans l'alcôve aux lourds velours et d'un ennui mortel, le Narcotique était notre seule échappatoire à l'insipide étreinte. La pipe d'argent, échangée entre mes lèvres et les siennes, exhalait une âme âcre et douce. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 8 décembre L'Ombre du Yidam ​Dans la grotte de mon esprit, le vide devenait une toile d’attente. L’ultime méditation tantrique devait enfanter un Yidam, une présence de compassion, guide au-delà des formes. /1

Note de service. Le 25 décembre ce compte sera supprimé. Je retourne à mes cahiers et crayons. à la fin de l'avent, il n'y aura plus d'après. Merci aux personnes qui m'ont suivi. Celles qui souhaitent conserver un contact, peuvent m'envoyer leur mail en message privé.

Mon calendrier païen de l'avent. 6 décembre. Le Geste du Marais. Elle s’arrêta juste à la lisière de la vase. La chaleur pesait sur sa nuque, masse collante, épaisse, le silence remplissait l’air. /1

Mon calendrier païen de l'avent. 5 décembre. La Calligraphie des Baisers D'une liste d'espoirs enfantins. Nous fîmes notre parchemin. La lune, quartier d'orange suspendu dans la nuit, inondait la chambre. ​ 1/

La danseuse, Remedios la Belle réincarnée par le caprice de la douleur et du tempo, n'avait pas besoin de réponse. Son corps cette chose insensée, se coulait dans la musique, mercure bouillant cherchant l'océan. /1 ​

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Mon calendrier païen de l'avent. 4 décembre. L'Odeur de la Terre Promise ​C’est par une nécessité brute que je creusai, non par ambition. Dans l'humus, mon isolement, cherchait l'eau vive, le besoin simple de l’homme qui vit de peu. Le labeur de cette matinée était ma liturgie de la sueur. /1